Ma p'tite vie au quotidien

Ce que j’aimerais que tu saches à propos de la maladie mentale

Ouf, déjà en partant, je trouve ça difficile à écrire: maladie mentale. Mais bon, faut pas avoir peur des mots… Alors voilà. Comme vous le savez maintenant, j’ai été diagnostiquée comme ayant un trouble d’anxiété généralisé. Pire, je ne savais rien à propos de cette maladie mentale avant d’avoir ce fameux diagnostique comme j’en avais déjà parlé ici: Crise d’angoisse aiguë, vous connaissez?

Avant de lire ce texte, sachez que je l’ai écrit pour moi. Avec mes symptômes et ma vision de la chose. Mais comme avec n’importe quelle maladie mentale, tout le monde ne vit pas ça de la même façon, et pas tous au même degré. Dans mon cas, j’ai été forcée d’arrêter de travailler. J’ai été référée comme étant prioritaire pour consulter un psychologue, et la prochaine étape sera le psychiatre. Trois mois plus tard, je suis encore à la maison. Alors comme plusieurs, je ressens culpabilité, gêne, honte… à l’idée de non seulement avoir une maladie mentale, mais également parce que je suis en invalidité.

Se faire dire qu’on souffre d’une maladie mentale n’est jamais plaisant à entendre. Sauf que dans mon cas, c’était presque un soulagement. Ça faisait environ 6 mois que je souffrais de différents symptômes. Perte de mémoire, étourdissements étranges et constants, tachycardie, black out, épuisement, nouvelles phobies spontanées… Ça m’a valu plusieurs prises de sang, électro-cardiogramme, et même une résonance magnétique au cerveau. Puis il y a eu cette journée fatidique. Cette première attaque de panique avec dépersonnalisation. À partir de cette journée, c’est là qu’une autre partie de mon cerveau a décidé de prendre le contrôle. À l’urgence, le médecin l’a tout de suite vu et su.

Je ne suis PAS faible même si je suis incapable de travailler

Une des pires choses qu’on peut dire à une personne qui souffre de trouble d’anxiété généralisé (TAG), c’est que vous, vous seriez capable d’être fonctionnel malgré tout. Ce n’est pas pour rien qu’on compare d’une certaine façon cette maladie à une allergie. Dans les deux cas, il s’agit d’une réaction exagérée du corps a une chose complètement inoffensive. Donc dans les deux cas vous ne pouvez pas dire que vous seriez assez fort pour faire fi de cette maladie. Je n’ai pas accepté de prendre un congé. Mon cerveau a tout fait pour me l’imposer.

Le jugement fait mal.

Je le sais que beaucoup de gens me juge. Je le sais parce qu’avant, j’aurais été la première à le faire. Je l’admets. Aujourd’hui je sais que oui, la maladie mentale peut rendre malade au point d’être invalide. Croyez-moi, je ne suis pas fière d’être obligée de rester à la maison. J’aimerais tant retrouver ma vie d’avant même si ça implique de me lever tôt chaque matin (ce que je fais de toute façon vu que Fiston se lève tôt). D’être prise dans le trafic. D’avoir à me faire un lunch chaque jour. Je n’ai jamais été aussi libre que lorsque je travaillais, et je ne me suis jamais autant sentie emprisonnée depuis que je suis en « congé ». Alors non, je ne suis pas en vacances. Non, je ne suis pas libre de mes journées. Le seul endroit ou je me sens bien, sans soucis et sans stress, c’est dans mon lit. Alors jours après jour, semaines après semaines, mois après mois… il y a de quoi rendre fou.

La culpabilité est mon pire ennemi

Parlant de jugements… Comme dans l’article publié un peu tôt, c’est important qu’on fasse des activités, des sorties… des choses qui nous font du bien! Dans mon cas, c’est aller en vacances. Pas besoin d’aller bien loin (toute façon je ne pourrais pas prendre l’avion). Juste être ailleurs. D’ailleurs, lors des 4 journées passées à Kingston pour le Nouvel An, je n’ai eu AUCUN épisode d’anxiété, ni symptômes. Mon psy me recommande fortement de partir quelques jours parce qu’elle sait que ça aiderait énormément à ma réhabilitation. Mais je ne peux pas. Qui oserait partir en vacances, même si c’est recommandé par mon psy, en étant en invalidité?!? C’est pas pour rien que je suis partie pendant les fêtes… C’était des journées fériées…

Je suis peut-être en train de faire une attaque de panique devant toi sans que tu le saches

Alors que dans ma tête j’ai l’impression que la terre entière me regarde, me juge, et me vois paniquer, en réalité il y a de fortes chances que ça passe complètement inaperçu. Alors si je quitte précipitamment sans aucune explication, ça se peut que ça soit pour cette raison. Même si tu es plein de bonnes intentions, laisse-moi seule et ne me parle pas. Ça ne sera qu’empirer ma crise. La seule chose qui m’importe, c’est de me retrouver en petite boule dans mon lit. Immédiatement. Et de toute urgence.

Ma vie ne sera plus jamais pareille…

Lorsque tu vis une attaque de panique, tu réalises que la santé mentale est fragile. Pire quand tu le vis avec une dépersonnalisation. Et tu comprends que tu ne contrôles pas toujours ce que ton cerveau fait. À partir de ce moment, tu sais que, même si tu es médicamentée, même si tu as appris comme mieux gérer ton anxiété, tu sais qu’une attaque de panique peu survenir à n’importe quel moment. Sans raison. Et c’est terrifiant.

Je ne suis plus la même… pour l’instant.

Un symptôme un peu insoupçonné du TAG et qui me frappe de pleins fouet est mon problème de concentration. Et ce, 24 heures sur 24, 7 jours semaine. Ce qui m’a valu le fait d’avoir un accident de voiture… parce que j’ai heurté  une voiture stationnée. De mettre le feu sur la cuisinière à la maison par insouciance. D’avoir peur de conduire, dans la crainte d’oublier un stop, une lumière rouge, ou de frapper un piéton. Ne pas avoir l’énergie mentale  nécessaire pour lire, ou être capable d’écrire un texte. C’est pour cette raison que j’écris maintenant à peine 2 ou 3 textes par mois plutôt que 2 ou 3 par semaine. Pire, si deux personnes me parlent en même temps, ça me rend agressive.

Je fais des trucs bizarres

Physiquement, c’est très difficile. Je bouge constamment. Mais vraiment beaucoup. C’est difficile à décrire, mais justement, j’utilise le peu de concentration qu’il me reste à empêcher mon corps de bouger. De tordre mon dos. Je dois constamment penser à desserrer mes mâchoires parce que c’est douloureux. Mon cou, mon dos, mes muscles me font mal parce que je suis constamment crispée. J’en suis consciente et je sais que c’est bizarre, alors oui, ça me gêne et ça m’empêche de voir des gens. Je ne veux pas qu’on me voit faire ça, et ça me demande trop d’énergie pour contrôler ces mouvements. Dans un moment de stress intense, je bégaie. Mais genre, que je peux répéter 10 fois le même mot. Comme si ma tête avait besoin de temps pour réfléchir à la suite de ma phrase, mais que je suis trop gênée pour arrêter de parler. Bégayer ainsi est encore plus humiliant, mais je ne le contrôle pas.

Je suis rendue parano

À plusieurs niveaux. Un exemple serait lorsque je vais dans un magasin ou à l’épicerie. Encore aujourd’hui, j’ai toujours l’impression qu’on me prend pour une voleuse. Qu’on me surveille sur les caméras ou qu’on me suit dans les allées. Au moins maintenant je ne suis plus à l’étape de douter de moi-même à savoir si j’ai effectivement volé quelque chose sans m’en rendre compte. Mais je veux tellement prouver que je n’ai rien volé que je me sens obligée à chaque fois d’acheter quelque chose. En me présentant devant le casier et en montrant que j’ai de l’argent pour payer. Mais il ne faut pas qu’il y ait trop de personnes. Les files d’attente, c’est une de mes pires phobies. Le problème, c’est que j’ai dépensé 4000$ en un mois. Oui, oui, moi la cheap!

C’est stupide, je le sais.

Tout cela est absurde, je le sais parfaitement. Mais essaie de faire comprendre ça a mon subconscient. Pendant une attaque de panique, je suis consciente de l’absurdité de la chose, mais cette partie la de mon cerveau n’est plus aux commandes. C’est comme si je regardais mon corps de haut et que j’étais totalement impuissante.

Je ne fake pas

La maladie mentale existe pour vrai. Cependant, c’est encore un sujet tabou. Et souvent victime de préjugés. Sachez que je suis suivie par mon médecin qui me suit déjà depuis plusieurs années et qui me connaît bien, mais également par un psychologue que je vois une heure de temps durant, à chaque semaine, depuis les 3 derniers mois. Ces gens sont des professionnelles. Croyez vous vraiment que j’arriverais à les berner? Je suis trop mauvaise comédienne pour ça! Si elles me demandent si je me sens prête à retourner au travail et que je réponds oui, elles savent que c’est faux.

Monétairement, ça fait mal

Oui, je sais, je suis payée à ne rien faire. Alors pourquoi me plaindre? Comme j’ai déjà dit, ce n’est pas par choix. Cheap comme je suis, je ne manque pratiquement jamais le travail. Là, non seulement j’ai dû vider ma banque de congé de maladie annuelle, mais je ne touche que 80% de mon salaire. Ce qui veut dire que pour minimum 4 mois, c’est comme si je prenais une journée de congé, à chaque semaine, à mes frais! Ainsi que toutes les autres fois ou je devrai m’absenter pour mes rendez-vous d’ici la fin de l’année. Mes dépenses n’ont pratiquement pas diminuées, au contraire comme mentionné plus haut…

Ma plus grande crainte

Ce dont j’ai vraiment le plus peur, c’est de revivre un épisode de dépersonnalisation/déréalisation et de rester dans cet état. De me réveillée un jour et de réaliser que je suis dans un hôpital psychiatrique. C’est là que je réalise que c’est vraiment une maladie mentale.

J’ai parfois peur de moi-même

Difficile à avouer. Mais oui, parfois j’ai peur de ce que je pourrais faire. Conséquence « normale » de la dépersonnalisation. Quand tu as peur de perdre le contrôle de ton corps, de ta tête, tu as peur de ce qui peut arriver dans ces moments-là. Mon accident de voiture en est un bon exemple. Tout comme j’ai peur de sauter devant un autobus (aucune tendance suicidaire). Peur de pousser quelqu’un dans le métro. Peur de traverser un boulevard sans regarder. Peur de sauter dans le vide si je m’approche d’une falaise…

Bref, comme je disais, les gens vivent ça  différemment mais je suis certaine que ceux et celles qui vivent avec le trouble d’anxiété  généralisée aimeraient que vous sachiez tout ça.  Dans mon cas,  ça fait partie du processus.  Le simple fait de revoir des gens que je connais est extrêmement pénible encore aujourd’hui.  Juste le fait d’être capable de pouvoir revoir ma famille a pris 1 mois.  il fallait que je prenne tout le temps nécessaire afin d’être prête à les revoir et ça inclut justement le fait de les mettre au courant de tout et ce, par écrit puisque d’en parler à voix haute n’est pas toujours possible. D’ailleurs ça me fait réaliser que depuis les trois derniers mois, ce sont les seules personnes que je connaissais « avant » que j’ai revu en personne… Je réalise que j’ai encore énormément de chemin à faire…

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