Ma p'tite vie au quotidien

Cette fois où j’ai voulu m’abandonner…

Avez-vous déjà eu le goût de tout quitter? Partir, recommencer une nouvelle vie en laissant tout derrière? Si je n’avais pas eu ma famille, mes chats et ma maison, j’avoue que j’aurais probablement été tentée. Sans tout oublier par contre. J’aurais continué à donner des nouvelles aux gens qui comptent pour moi, je serais sûrement revenu au pays une couple de fois…

Depuis les 7 derniers mois, que j’ai passé en grande partie à la maison, je n’ai eu que ça, du temps pour réfléchir. Bon, tout d’abord, essayer de gérer mon anxiété, mais également apprendre à dealer avec cette nouvelle moi. L’anxiété fait partie de moi, et que je le veules ou non, c’est maintenant en moi. Donc j’ai appris à l’apprivoiser. Et j’apprends encore à tous les jours. C’est la nouvelle moi.

Dans le même sens que la question précédente, avez-vous déjà songé à devenir carrément une autre personne? Essayer de se débarrasser de ses défauts, devenir une meilleure personne, essayer de se découvrir des talents cachés? Même avec toute la volonté du monde, je pense que ça tire du miracle. Le naturel risque de bien souvent revenir… On peut améliorer qui ont est, changer de mauvaises habitudes de vie… mais changer la personne que nous avons mit 20, 30, 40 ou 50 ans à devenir? Notre personnalité, nos qualités, notre façon de ressentir les choses…

Il y a des petites « bulles » dans ma tête maintenant. C’est comme si… ce qui fait que nous sommes « nous » (la pensée, notre esprit, notre « moi ») prenait parfois un chemin différent pour aller dans une de ces « bulles ». Dans cette bulle, il n’y a rien. Ni pensée, ni corps, ni sentiment. Ni peur, ni douleur, ni joie, ni rien. C’est comme le vide total. Et mon « moi » s’y réfugie de temps en temps. Rarement longtemps, mais assez pour lorsque je « reviens », j’ai peur de rester prisonnière de ma bulle. Et oui, ça fait partie des attaques de panique. Dit comme ça, ça a l’air tout sauf paniquant et c’est vrai. C’est après que la panique s’empare.

D’une façon un peu « bête », j’imagine que je pourrais presque comparer cela à une personne dans un état végétatif. Son corps est là et fonctionnel, mais l’esprit n’y est plus. Ou peut-être. Être prisonnier de son propre corps, mais sans y avoir accès. Sans rien contrôler. Vouloir crier à l’aide, mais pas le moyen de le faire. C’est ce qui me terrorise le plus depuis le début de mes crises. Peur de ne pas être réelle, peur d’être dans un rêve sans fin, peur que ma « vraie » vie ne soit que fiction et que tout se déroule uniquement dans une de ces bulles, mais que mon corps se trouve ailleurs, immobile. Sans pouvoir crier.

Bon, ça sonne peut-être un peu schizo tout cela, mais il n’en est rien. Heureusement. Mais ça reste que c’est là, et je dois dealer avec cette peur. Pas cette peur lorsque je me retrouve dans cette bulle. Cette peur d’y rester prisonnière. Pour toujours ou pour longtemps du moins… Avoir des troubles anxieux, être atteinte d’un trouble d’anxiété généralisé et de troubles paniques, c’est vivre avec des « pertes de contrôle de soi ». Et pour une personne « controle freak » que je suis, c’est encore plus difficile à dealer avec.

Mais il y a eu cette fois. Un moment précis ou tout a failli basculer. Ou du moins, je l’ai souhaité. Encore une foutu attaque de panique (hyperventilation, palpitation cardiaque, étourdissement, peur incroyablement angoissante pour aucune raison…). Et comme à chaque fois, tout ce que je veux, c’est m’enfuir. Je voudrais m’enfuir de moi-même sortir de ma peau tellement c’est désagréable comme sensation. Mais comme c’est impossible, je me sauve. Croyant presque si je me sauve assez vite, je vais réussir à me sauver de moi-même. Donc j’ai pris ma voiture, et je suis partie.

Puis ce moment. À l’approche d’un gros carrefour, y’a une bulle qui a éclatée. Je ne sais pas si c’est le « mal-être » que je ressentais à ce moment, le fait que je me sentais tellement mieux depuis longtemps et que sans prévenir, une attaque de panique était survenue. À la maison en plus, un endroit ou je croyais être toujours en sécurité. Mais en fait, je crois plutôt que c’était la fatigue. La fatigue mentale. Mon « moi » qui est complètement épuisé de ce qu’il a dû traverser depuis ces sept longs mois. J’ai beau être en « congé forcé », je ne suis pas restée sans rien faire. Ma tête, mon esprit, mes pensée, ma reprogrammation… les attaques de panique, la peur, le stress, les craintes, la honte, la paranoïa… tout cela m’a épuisée mentalement.

Donc. À l’approche du carrefour, j’y ai vu une porte de sortie. Une solution, un miracle. Une possibilité (enfin!) d’arrêter de vivre tout cela. Je veux abandonner. Je veux un break. Je veux reposer ma tête et mettre ma vie sur pause. Alors à ce moment précis, ma tête m’a dit de m’arrêter au beau milieu du carrefour (de façon sécuritaire pour tout le monde, y compris moi) et attendre. Attendre qu’on vienne me chercher. Qu’on appelle la police, l’ambulance, et qu’on me prenne en charge. Mentalement. Pour probablement me retrouver à l’endroit que je trouve présentement le plus effrayant au monde depuis quelques temps: dans un institut psychiatrique. Juste l’écrire me revire à l’envers. Me torture. Étonnamment, j’ai voulu me laisser aller dans cette bulle qui me terrorise tant. Décrocher, déconnecter totalement de moi-même et remettre cette « responsabilité » à quelqu’un d’autre. Prendre une pause de mon esprit et me réfugier, volontairement, dans une bulle et y rester le temps nécessaire.

Heureusement (ou malheureusement?), mon corps n’a pas voulu obéir. Mes pieds ont continué d’appuyer sur la pédale afin que je le traverse, ce carrefour. Inconsciemment, j’avais l’impression que c’était ma seule chance, à ce moment et cet endroit précis, de me laisser aller dans cette bulle. Si je ne saisissais pas cette chance, ça serait fini. Ma seule et unique chance. Mais mon physique n’a pas obéi, et je ne me suis pas immobilisé.

Et voilà, j’en suis là. Comme vous pouvez le constater, je ne maîtrise pas encore parfaitement tout ce qui m’arrive. Qui aurait pu le prédire? J’ai toujours trouvé que j’étais un peu folle sur les bords, que je me compliquais souvent la vie pour rien, mais jamais je n’aurais pu m’imaginer un seul instant que mon cerveau pouvait basculer ainsi et venir tout gâcher.

abandonner

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